Le Vendeur de jus de fruit de rue

Publié le par geraldine

Munna, vendeur de jus exotiques à New Delhi

le 21/6/2007 à 18h17  par Iris Deroeux

Les commerces de rue sont saisonniers en Inde. En été, apparaissent les stands d’eau citronnée, les vendeurs de raquettes pour électrocuter les moustiques et des centaines de vendeurs de jus de fruit. Munna a une petite baraque à jus, dans le quartier de Jangpura à New Delhi. Depuis dix-sept ans, il vit et travaille à l'intérieur.

 

Il est assis en tailleur au milieu de sa baraque en tôle.Munna surplombe les fruits et les clients, l'air un peu blasé, comme tous lestravailleurs en plein air exténués par la chaleur. Devant lui, des ananas, descitrons doux et des grenades, les trois fruits exotiques qui font le succès deses jus. "C'est nouveau, quand j'ai commencé ce métier, je ne proposaisqu'un fruit. Je me suis amélioré !"

Munna vient d'Uttar Pradesh, il vend des jus depuisvingt-cinq ans à New Delhi. "J'ai commencé à vendre les jus avec unecharrette que je promenais dans les rues de Laxmi Nagar. Puis j'ai économisé etj'ai pu m'installer dans cette baraque de rue à Jangpura Extension. Ca fait dixsept ans que je suis là." Munna a 43 ans, il semble fatigué. Il économise ses mouvements, depuis son siège surélevé, il n'a qu'à tendre les bras d'uncôté ou d'un autre pour préparer un jus.

"Mon travail est saisonnier. Depuis le mois de mai, çamarche très bien, près de 70 personnes viennent chaque jour, entre 7 heures à 22heures. Je gagne autour de 350 roupies par jour (7 euros). Mais en hiver, c'estnettement mois facile, je ne vends que du jus de carotte. Alors en cemoment, je met de côté", explique-t-il en rangeant ses fruits, bien en rang,dans un dégradé de couleurs. "Un petit jus coûte 10 roupies (20 centimes)et le grand c'est 20, si vous en voulez un…"

Munna ne peut se permettre de gaspiller une roupie. "J'habite ici", précise-t-il. Où ça, dans un appartement deJangpura ? "Non, là", insiste-t-il en montrant du doigt unepetite couche derrière lui. Munna dort dans sa baraque en tôle, à côté desfruits. "Je ne peux pas louer un appartement. Dans ce quartier, la pluspetite chambre coûte au moins 4000 roupies par mois (80 euros). Et puis mamaison est en Uttar Pradesh. Ma femme y vit avec mes enfants. Moi je suis icipour travailler."

Dans trois mois, Munna part dans son village d'Uttar Pradeshvoir sa famille. "Mes enfants vont à l'école. Ils ne vendront pas de jusde fruits, je ne leur laisserai pas le choix." Munna n'est pas sûr depouvoir continuer ce métier indéfiniment. "Le Municipal council of Delhi(la mairie) me harcèle pour que je m'en aille. Pourtant, depuis dix sept ans,je paye une licence qui m'autorise à être là. Mais ils veulent détruire mabaraque pour avoir des rues ‘propres'. Pour l'instant je résiste."

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