Le Barbier
le 15/6/2007 à 17h02 par Iris Deroeux
Un fauteuil, un miroir et quelques ustensiles : les barbiers travaillent n’importe où, dans tous les recoins des villes indiennes. Les hommes viennent faire entretenir leur moustache dans le "barber shop" du coin, l’occasion de discuter et de passer le temps. Rencontre avec Nassim, barbier depuis quinze ans à New Delhi.
La rue est bruyante, rickshaw, voitures et deux rouestentent de s'approprier la route… Sur le trottoir de cette rue commerçante duquartier de Jangpura, à New Delhi, des vaches, des petits vendeurs ambulants entout genre - fruits et légumes, limonade ou glace – puis quelques barbiers derue, comme Nassim.
Nassim est installé à deux pas de la pissotière publique.L'odeur ne dérange personne, il rase à la chaîne tout en discutant avecquelques badauds, venus commenter la vie du quartier. Nassim a 40 ans, il tientson "barber shop" depuis 15 ans sur ce trottoir de Jangpura. "C'est une histoire de famille, mon arrière grand-père était barbier etmes fils le sont aussi… Nous sommes originaires d'Uttar Pradesh, ma femme y vittoujours. Moi je suis venu travailler ici avec mes quatre fils. C'est l'appelde la grande ville..."
Nassim installe un client sur l'un de ses deux fauteuilsdéglingués, attrape le blaireau et la mousse à raser posés sur le muret.Tout en racontant sa vie, il rase efficacement, concentré sur le visage de sonclient. "Le rasage coûte 5 roupies (10 centimes d'euros) et la coupe decheveux 10 roupies (20 centimes)." Nassim gagne 5000 roupies par mois(100 euros). "Je travaille tous les jours de 8 heures à 17 heures, saufle mardi car c'est un jour sacré pour les hindous. Il ne faut pas se couper lescheveux ou les ongles ce jour-là. Moi je suis musulman mais je ferme quand mêmecar la majorité de mes clients sont hindous."
Nassim dit qu'il gagne assez d'argent pour s'en sortir. "Je peux me nourrir tous les jours et envoyer 1000 roupies (20 euros) parmois à ma femme qui vit avec mes parents en Uttar Pradesh, ça noussuffit. Je n'ai pas besoin de télévision. Quand je rentre à la maison, jeme repose, je lis quelques versets du Coran. Je suis très occupé, voussavez ! Je n'ai même pas eu le temps d'aller visiter les monuments de New Delhi !" Le barbier vit dans un appartement avec ses fils qui l'aident à payer les 5 000 roupies (100 euros) de loyer mensuel. "J'ai tout donné pour mesenfants. Ils ont pu ouvrir un vrai salon de beauté pour hommes, j'en suis trèsfier."
"Et bien souris un peu !", lance-t-il à unejeune femme chargée de sacs de légumes. Nassim connaît tout le monde, ce petitbout de rue lui appartient. "J'aime bien travailler dans la rue. Je saisque bientôt ce ne sera plus possible. Le MCD (Municipal council of Delhi,mairie) me harcèle pour que je m'en aille. Ils veulent des trottoirs "propres".Mais pour l'instant, je ne bouge pas."
Quelques habitants du quartier entourent Nassim, ils discutent de tout et de rien en buvant une limonade, font des commentaires sur les formes arrondies de passantes... Tous arborent une moustache parfaite. "Mais c'est essentiel la moustache. Elle appartient à l'identité de l'homme indien. Je ne sais pas moi, on la porte pour ne pas ressembler à une femme !", s'emporte Nassim, troublé par cette dernière question sur l'importance de la moustache en Inde.
Avec l'aide de Nishta Sharma pour la traduction.
