L'Eboueur
le 8/6/2007 à 19h13 par Iris Deroeux
New Delhi génère 7 000 tonnes de déchets chaque jour. Les "garbage men", jeunes et vieux, promènent leurs charrettes à vélo dans les quartiers résidentiels de la ville. Ils frappent aux portes, collectent les déchets puis vont les déverser dans les bennes publiques. Fudusali a 14 ans, ça fait déjà dix ans qu’il ramasse les poubelles.
C'est un jeune homme aux traits fins, le regard noir, intense. Fudusali est timide, il ne comprend pas bien l'intérêt que l'on peut porter à sa vie. Mais il veut bien faire une pause, à l'entrée du quartier de Nizamuddin east à New Delhi. Nous nous asseyions à côté de sa charrette, à moitié pleine de détritus et recouverte de mouches. "Je suis musulman, originaire de l'Assam mais j'ai toujours vécu à New Delhi. Je vis avec mon frère, ma sœur et mes parents dans le quartier de Khader. Avant on vivait dans une baraque en taule, maintenant elle est en brique."
Après une petite hésitation, Fudusali donne son âge, il a 14 ans. "Je ne sais pas lire ni écrire. J'ai toujours ramassé les poubelles. J'ai commencé il y a dix ans à peu près, en suivant mon père. Maintenant il est trop vieux, mais mon frère et moi continuons, toujours dans le même quartier."
Les quatre ramasseurs de poubelles de ce coin de Nizamuddin se connaissent tous. Ils habitent dans le même quartier et viennent ensemble le matin. "Je travaille de 8 heures à 14 heures, tous les jours. Je frappe toujours aux mêmes portes, les gens me connaissent." Fudusali est employé par l'entrepreneur qui possède la benne du quartier. Les déchets déposés dans la benne sont ensuite ramassés par les camions du MCD (Municipal council of Delhi, la mairie). "Puis les poubelles partent à Ghazipur, à la frontière de l'Uttar Pradesh, pour être brûlées", explique Fudusali.
"Je gagne 100 roupies par jour (2 euros). Avec ce que les gens me donnent les jours de fête, ça fait 3 5OO roupies (70 euros) par mois. Je suis pauvre." La famille vit grâce aux salaires de Fudusali et de son frère. "On mange du pain et du dalh (lentilles). J'ai pu acheter une télévision il y a quelques mois. J'ai économisé pendant longtemps, elle m'a coûtée 10 000 roupies (200 euros). Mais sinon, je mets presque tout l'argent de côté pour la dote de ma sœur."
La petite sœur a quatre ans, le mariage n'est pas pour tout de suite. "Moi, je me marierai dans trois ou quatre ans", dit-il avec un sourire gêné, "avec une musulmane". D'ici là, Fudusali espère qu'il aura changé de travail. "Si j'avais le choix… Je n'en sais rien, je ne suis pas éduqué !" Il réfléchit. "Je veux partir vivre en Assam dans deux ou trois ans. Là-bas, ma famille a un peu de terre. Je pourrais les aider à cultiver."
A 14 heures, la journée se termine. Fudusali attache sa charette avec un cadenas dans Nizamuddin puis il rentre chez lui en vélo. "Je vais me reposer et regarder la télévision, c'est tout."
