Le chauffeur d'auto-rickshaw

Publié le par geraldine

Jay Mangal, chauffeur d'auto rickshaw depuis 20 ans

le 4/6/2007 à 15h36  par Iris Deroeux

Leur petite voiture à trois roues, jaune et verte, est un symbole de la rue indienne. Les conducteurs de rickshaw sont tous des hommes, peu affables, en grande majorité issus des basses castes. L'un d'eux a bien voulu nous raconter sa vie. Jay Mangal conduit un auto rickshaw à New Delhi.

 

"Je ne suis pas éduqué mais je veux bien répondre aux questions", annonce-t-il timidement, assis à l'avant de son trois roues, dans un coin de Lodi road à New Delhi. Jay Mangal a 40 ans, il vient d'une famille de basse caste originaire de l'Etat du Bihar. En 1987, il est venu à New Delhi pour trouver du travail. Il vit avec sa femme et ses trois enfants dans un petit appartement du côté de la gare centrale.

"J'ai d'abord été vélo rickshaw. Depuis, quinze ans, je conduis une voiture." Comme tous les conducteurs de rickshaw, il la loue. "Un rickshaw neuf, avec la licence, coûte dans les 3 lacks (6 000 euros). Des gens riches l'achètent puis nous le louent. Moi, je le partage avec un autre conducteur. On loue le rickshaw 360 roupies (6 euros) pour 24 heures." Jay Mangal travaille de jour, de 7 heures à 17 heures puis il passe le relais à l'autre conducteur. "On paye le nettoyage et les petites réparations. Dès que ça dépasse 100 roupies, le loueur s'en charge." Tous les ans, la voiture est repeinte en vert et jaune, les couleurs de la compagnie de gaz non polluant qui fournit les rickshaw et taxis de New Delhi.

Une fois ces charges déduites, Jay Mangal estime gagner entre 50 et 250 roupies (1 à 5 euros) par jour. "Je m'en sors car ma famille restée au Bihar me donne un peu d'argent. Ils cultivent des terres." Mais la vie devient trop chère à New Delhi, se plaint-il. "On ne peut même pas aller au cinéma. Un ticket dans un grand complexe coûte 150 roupies (3 euros)." L'homme pourrait parler pendant des heures des changements auxquels il a assisté en vingt ans. "Toutes ces routes, ces flyovers… Le trafic est beaucoup plus fluide, même s'il y a de plus en plus de voitures. J'ai l'impression que chaque année, la population est multipliée par deux !", s'exclame-t-il.

Les Indiens sont de plus en plus nombreux à avoir une voiture et le métro s'étend dans New Delhi. Mais Jay Mangal n'est pas inquiet. "On aura toujours du travail. Le métro ne vient pas vous chercher en bas de chez vous ! On accompagne les gens aux stations les plus proches."

Jay Mangal est plus préoccupé par le prix de la course. "Les rickshaw ne mettent jamais le compteur car sinon, ils ne gagnent pas assez d'argent !" Le gouvernement vient justement de voter une augmentation des tarifs. "Le jour où elle est appliquée, je mets mon compteur", promet-il. Le premier kilomètre vient de passer de 8 à 10 roupies, et il faudra ensuite payer 4,5 roupies par kilomètre.

Moins d'arnaque… Et des rickshaw plus aimables ? "Oui, mais il faudrait aussi que le regard de la population change", note Jay Mangal. "On ne nous accorde aucune valeur. Certaines personnes nous payent du bout des doigts, pour ne pas nous toucher… Je demande un peu plus de considération."

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Publié dans geraldineinindia

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