La repasseuse

Publié le par geraldine

Encore un article d'aujourd'hui l'Inde...

Tout ce que je n'ai jamais pris le temps de vous raconter sur la vie quotidienne de L'Inde...

La repasseuse de Nizamuddin east

le 6/6/2007 à 17h45  par Iris Deroeux

Au coin des rues de New Delhi, sur des étals en bois recouverts de draps, des hommes et femmes repassent à l’aide d’un gros fer à charbon. L’arrivée des fers à repasser électriques dans les maisons indiennes rend leur situation difficile. Draupadi nous raconte son histoire, elle repasse depuis trente ans à Nizamuddin East.

 

Il est 10 heures, Draupadi se prépare. Elle remplit son gros fer de bouts de charbon et de papier journal. De la fumée grise et un peu plus de chaleur… Il fait déjà 38 d° dans ce petit parc au milieu du quartier résidentiel bourgeois de Nizamuddin east, à New Delhi. Draupadi se couvre la tête d'un bout de tissu et déballe les baluchons de vêtements. Elle va repasser jusqu'à 16h30, à l'ombre d'un arbre.

Draupadi a 60 ans. Elle repasse dans ce coin du parc depuis trente ans. "Mon beau-père repassait à cet endroit, c'était le premier. Puis mon mari a pris le relais. Moi je m'occupais de la maison et de nos trois fils. Mais il y a 30 ans, mon mari est mort alors il a fallu que je me mette à travailler." La femme est marquée, la peau tirée par le soleil, une toux d'asthmatique, un œil abîmé par une cataracte. "Je dépense mon argent en médicaments mais je ne gagne pas assez pour bien me soigner."

Chaque jour, Draupadi gagne "entre 50 et 100 roupies" (un à deux euros). Elle fait payer 3 roupies le vêtement. "L'aller-retour en bus jusqu'ici me coûte déjà 20 roupies. Je me nourris de chai (thé sucré) et de rôti (pain). C'est dur de s'en sortir. Mes fils travaillent mais ils ont leurs enfants maintenant, je ne veux pas être un poids pour eux." Draupadi vit avec ses trois fils dans une "vieille petite maison" du quartier de Laxmi Naggar. "Aucun de mes fils n'a fait d'études, ils ont tous gagné de l'argent rapidement. L'un d'eux est même chauffeur, il gagne 3500 roupies (70 euros) par mois", explique-t-elle en manipulant le charbon.

Draupadi repasse de moins en moins. "Il y a encore cinq ans, je gagnais plus de 100 roupies par jour. Aujourd'hui, toutes les familles du quartier sont assez riches pour avoir des domestiques à plein temps. Elles les payent un salaire fixe et ils doivent tout faire, y compris le repassage." Les habitants lui apportent des vêtements aux toiles épaisses, que seul son gros fer peut défroisser. "On me donne beaucoup de jeans. C'est drôle, il y a quinze ans, je n'avais jamais de jeans, surtout de jeans de femme ! Maintenant, ils s'habillent tous pareil !"

Ce métier va disparaître selon elle. "Mes petits-enfants ne repasseront jamais ici. Ils vont à l'école, la municipalité de New Delhi les y oblige et c'est bien !", raconte-t-elle. Le chauffeur d'une famille du quartier s'approche et écoute. "Je connais Draupadi depuis dix ans, elle est un pilier du quartier. Il y a dix ans, les gens lui offraient un peu d'argent et de nourriture les jours de fête. Mais aujourd'hui elle ne voit plus personne. Ils restent tous dans leur appartement et se font servir."

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