Les figurants occidentaux pour films Bollywood
Figurant d’un jour à Bollywood : mode d’emploi _ le 30/4/2008 à 18h49 par Emil Sinclair aujourdhuilinde
L’exotisme des visages occidentaux fait fureur dans les films de Bollywood. Un business fructueux pour les responsables de casting mais une expérience plutôt ingrate pour les touristes qui y participent. Notre reporter Emil Sinclair a tenté sa chance.
18 heures, retour d'une longue journée d'errance dans Mumbai (Bombay), la New-York indienne. Quartier touristique de Colaba, le repère des agents de casting de Bollywood à la recherche defigurants occidentaux. Blond aux yeux bleus, je suis le client idéal. On me promet "une expérience géniale avec plein d'autres étrangers". Le tout rémunéré symboliquement 500 Roupies, une dizaine d'euros environ, transport et repas compris, pour une nuit de tournage. L'ensemble est alléchant. Je me laisse tenter. Il sera toujours temps de dormir : on ne devient pas star de cinéma tous les jours.
Départ pour ce tournage typique de Bollywood, en compagnie de quatre Anglais et de trois Thaïlandaises. Trajet épuisant de trois heures, tassés à six dans un taxi. Je demande à notre accompagnateur le nom du film où nous allons jouer. "Aucune idée !", me répond-il. Et il ne sait pas non plus ce que nous allons y faire. Je commence à m'inquiéter.
Le tournage est une grande mascarade. Le plateau me donne l'impression d'un camp de gitans. Des Indiens dorment ou se reposent un peu partout. Des chiens se promènent ici et là. Coupures d'électricité à répétition et climatisation qui ne fonctionne pas. Acteurs qui semblent plus intéressés par leurs discussions que par les consignes envoyées par le réalisateur entre deux gorgées de Red Bull. L'envie me traverse de leur demander d'être un peu plus sérieux. Mais je ne suis après tout qu'un figurant étranger, affublé d'un déguisement de mauvais goût, parqué dans le fond de la scène.
Je m'ennuie, et j'ai l'impression d'être inutile au milieu de cette scène de mariage punjabi. Le lever du soleil me délivre enfin : les dernières prises sont bâclées, faute de temps. J'interroge au vol Ramesh Nair, l'assistant-réalisateur, afin d'essayer de comprendre à quoi servent des étrangers sur un tel tournage. "C'est une habitude d'avoir des figurants occidentaux. Cela donne un côté exotique et plus international aux films. On ne les voit pas souvent au montage, mais les spectateurs se rendent quand même compte de leur présence, comme une image subliminale."
Rankush, un Indien typé occidental habitué des tournages, m'explique un peu les dessous du milieu de la figuration à Bollywood. "Les touristes sont moins payés que le petit nombre de figurants professionnels. Ce sont des Indiens ou des étrangers qui enchaînent les tournages et exigent au minimum entre 800 et 1 000 Roupies par jour." Il m'explique ne pas se déplacer pour moins de 1 500 Roupies (moins de 30 euros). "En vous payant peu, les agents de casting augmentent leur commission : c'est pour ça que vous, les figurants-touristes, vous êtes une véritable aubaine !"
Alors tenté par l'expérience d'acteur low cost à Bollywood ? Gardez à l'esprit que le figurant n'intéresse personne et passe son temps à attendre comme du bétail. N'essayez pas de répondre à cette question brûlante : "Mais pourquoi suis-je venu ici ?" C'est impossible! Reste l'espoir de décrocher un rôle un peu plus funky, comme celui de joueuse de hockey dans le film Chak De India pour avoir la chance de côtoyer Shahrukh Khan. Mais pour ces grands moments de cinéma à l'indienne, il y a beaucoup de candidats… et peu d'élus !
Départ pour ce tournage typique de Bollywood, en compagnie de quatre Anglais et de trois Thaïlandaises. Trajet épuisant de trois heures, tassés à six dans un taxi. Je demande à notre accompagnateur le nom du film où nous allons jouer. "Aucune idée !", me répond-il. Et il ne sait pas non plus ce que nous allons y faire. Je commence à m'inquiéter.
Le tournage est une grande mascarade. Le plateau me donne l'impression d'un camp de gitans. Des Indiens dorment ou se reposent un peu partout. Des chiens se promènent ici et là. Coupures d'électricité à répétition et climatisation qui ne fonctionne pas. Acteurs qui semblent plus intéressés par leurs discussions que par les consignes envoyées par le réalisateur entre deux gorgées de Red Bull. L'envie me traverse de leur demander d'être un peu plus sérieux. Mais je ne suis après tout qu'un figurant étranger, affublé d'un déguisement de mauvais goût, parqué dans le fond de la scène.
Je m'ennuie, et j'ai l'impression d'être inutile au milieu de cette scène de mariage punjabi. Le lever du soleil me délivre enfin : les dernières prises sont bâclées, faute de temps. J'interroge au vol Ramesh Nair, l'assistant-réalisateur, afin d'essayer de comprendre à quoi servent des étrangers sur un tel tournage. "C'est une habitude d'avoir des figurants occidentaux. Cela donne un côté exotique et plus international aux films. On ne les voit pas souvent au montage, mais les spectateurs se rendent quand même compte de leur présence, comme une image subliminale."
Rankush, un Indien typé occidental habitué des tournages, m'explique un peu les dessous du milieu de la figuration à Bollywood. "Les touristes sont moins payés que le petit nombre de figurants professionnels. Ce sont des Indiens ou des étrangers qui enchaînent les tournages et exigent au minimum entre 800 et 1 000 Roupies par jour." Il m'explique ne pas se déplacer pour moins de 1 500 Roupies (moins de 30 euros). "En vous payant peu, les agents de casting augmentent leur commission : c'est pour ça que vous, les figurants-touristes, vous êtes une véritable aubaine !"
Alors tenté par l'expérience d'acteur low cost à Bollywood ? Gardez à l'esprit que le figurant n'intéresse personne et passe son temps à attendre comme du bétail. N'essayez pas de répondre à cette question brûlante : "Mais pourquoi suis-je venu ici ?" C'est impossible! Reste l'espoir de décrocher un rôle un peu plus funky, comme celui de joueuse de hockey dans le film Chak De India pour avoir la chance de côtoyer Shahrukh Khan. Mais pour ces grands moments de cinéma à l'indienne, il y a beaucoup de candidats… et peu d'élus !
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