Les femmes sont-elles en sécurité à New Delhi ?
Article de ma cousine Dorothee Gieux - poste sur le site internet aujourd'hui l'Inde
Les faits divers où les femmes sont insultées ou agressées se succèdent à New Delhi. La capitale de l'Inde est décrite dans les médias comme la ville la plus dangereuse du pays pour les femmes. Dans ce climat d’insécurité ambiant et faute d’action efficace de la part des autorités, la société civile s’organise. De plus en plus de femmes se mettent aux sports de combat. Une jeune femme de New Delhi raconte sa mauvaise expérience, la dernière en date : assise dans un auto-rickshaw déambulant dans les rues non éclairées de la ville, vers 19 heures, le chauffeur défait son pantalon et se met à proférer des propos obscènes. Ce genre de nuisances occupe de plus en plus de place dans les pages "faits divers" de la presse qui en vient à décrire New Delhi comme la ville la plus dangereuse du pays pour les femmes.
Mais ce sentiment d'insécurité reste difficile à vérifier avec les chiffres officiels de la délinquance. Les seules données disponibles sont des sondages. Selon l'étude publiée en septembre par l'Institut National de criminologie, 80 % des femmes de New Delhi se sentent en insécurité. 70 % d'entre elles se sentent particulièrement menacées le soir venu et 50% redoutent de prendre le bus.
Certains chiffres indiquent eux une amélioration de la situation. La police de New Delhi a annoncé en juillet dernier une baisse de 17% des viols. Mais "le climat a changé, les femmes sont de plus en plus harcelées dans les rues de New Delhi et dans les malls (centres commerciaux)", explique sur son site Jagori, une association de lutte contre le harcèlement des femmes. Le harcèlement se définit selon cette association comme un comportement humiliant, traduit par des paroles, des gestes ou des regards.
Les enquêtes effectuées en 2006 par Jagori auprès de 600 femmes de la capitale permettent de mieux comprendre le phénomène du "harcèlement urbain". Le premier facteur serait la mentalité machiste des hommes. Ils considèrent qu'une femme se promenant sans raison dans les rues (travail, enfants, courses) l'a "bien cherché". L'étude pointe aussi du doigt le manque d'éclairages publics dans les rues et le comportement passif des policiers. Chez Smilefoundation, Niva approuve : "Les femmes savent que la police ne fera rien, que les coupables ne s'en tireront qu'avec un avertissement."
La population, informée par les médias qui relaient abondamment les incidents, a décidé de s'organiser. Plusieurs associations ont vu le jour en quelques années, comme Jagori ou Blank Noise, qui organisent des journées de mobilisation pour sensibiliser les autorités, mais aussi les associations de quartier. "Plus que l'Etat cette affaire concerne la communauté. Le travail doit être effectué dans les quartiers en premier lieu", déclare Jagori.
Les femmes décident parfois de se défendre par leurs propres moyens. Les cours d'auto défense fleurissent dans la capitale et ils sont bondés. Le dernier sport à la mode est le Krav Maga, inspiré des techniques de combat des militaires israéliens. Avec ce genre de méthode, les femmes ne risquent-elles pas de devenir paranoïaques et de s'attaquer à tous les hommes leur jetant un regard ? "Non, car l'avantage du Krav Maga, c'est qu'il offre un entraînement physique et mental qui permet à la femme de discerner la situation de danger", répond Vikay Kapoor, du club Krav Maga de New Delhi…