Bus & corruption des policiers= 122 morts en 2007 !
Chetan Sharma, agent immobilier, est un habitant de New Delhi comme les autres. Enfin pas tout à fait : il s'improvise parfois détective privé, et il a déjà fait suspendre 25 policiers impliqués dans le trafic d'alcool à New Delhi. Sa dernière enquête a fait beaucoup de bruit et pour cause : pas moins de 98 policiers de New Delhi ont été suspendus. Affectés à la circulation, ils ont été filmés en train de recevoir des pots-de-vins de la part d'opérateurs de bus privés, qui ont l'habitude d'acheter ainsi leur tranquillité et de couvrir les infractions commises par leurs bus.
Chetan Sharma a réalisé son enquête d'octobre à décembre 2007 à la demande d'opérateurs de bus "honnêtes" et exaspérés par cette corruption institutionnalisée. D'après le témoignage de l'enquêteur-amateur qui a filmé en caméra cachée les policiers recevant de l'argent, les rencontres étaient mensuelles et les policiers impliqués notaient dans des cahiers les bus qui empruntaient les carrefours où ils étaient en poste.
Un des opérateurs de bus à l'origine de l'enquête a déclaré que chaque bus empruntant l'un de ces carrefours devait payer 400 roupies par mois. Un treizième mois généreux pour des policiers dont le salaire mensuel est d'environ 4 000 Roupies. "L'enquête est encore en cours, et ceux qui seront reconnus coupables seront radiés du service", a déclaré Rajan Bhagat, porte-parole de la police de New Delhi. Si l'on croit Chetan Sharma, l'issue ne fait pourtant aucun doute : il a transmis en janvier ses vidéos à la haute court de justice de New Delhi pour authentification. L'affaire a ensuite été confiée à la Central Vigilance Commission, organisation chargée de lutter contre la corruption, qui a confirmé l'authenticité des vidéos.
"Cela na fait que confirmer ce que les habitants de la capitale ont toujours suspecté. La façon dont les bus privés se moquent des règles de circulation et continuent de répandre le sang d'innocents n'est possible que grâce à la complicité d'un système censé les discipliner et les sanctionner", explique un journaliste du quotidien Times of India. Les 4 000 bus privés de New Delhi, souvent en mauvais état, sont connus pour être plus "pilotés" que conduits par des chauffeurs "kamikazes". L'enquête de cet habitant de Delhi fera peut-être prendre conscience de l'urgence de la situation : les "bus de la morts", comme ils sont surnommés, ont coûté la vie à 122 personnes en 2007.
