Auroville
Auroville a fêté ses 40 ans d’existence le 28 février. L’anniversaire ne passionne pas les habitants de la communauté qui préféreraient rester discrets et essayer, encore et toujours, de réaliser cette belle utopie des années 1960.
Le 28 février 1968, de jeunes représentants de 124 pays et de tous les Etats de l'Inde se réunissaient pour inaugurer la communauté d'Auroville sur un grand terrain vierge à une dizaine de kilomètres de Pondichéry. Des principes de vie sont alors posés : "Auroville n'appartient à personne en particulier, mais appartient à toute l'humanité dans son ensemble (…). Ce sera le lieu d'une éducation perpétuelle, du progrès constant, et d'une jeunesse qui ne vieillit point. (…)Auroville veut être une cité universelle où les hommes et femmes de tous les pays puissent vivre en paix et harmonie progressive au-dessus de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité."
La communauté est fondée sur ces mots de la Mère, Mirra Alfassa de son vrai nom. Cette Française voulait ainsi mettre en application la philosophie du yogi indien Sri Aurobindo, selon lequel l'homme ne doit pas aller chercher le divin en dehors de lui mais à l'intérieur, puis se laisser guider par cette "conscience supérieure" dans toutes ses actions. Par le travail en communauté et la méditation, "du communisme amélioré" a-t-elle dit, un homme nouveau devait naître.
Le 28 février 2008, les quelque 2 000 Aurovilliens de 40 nationalités différentes (à majorité indienne) ont célébré les 40 ans d'existence de la communauté, en réécoutant les mots de la Mère. Une cérémonie suivie d'une grande méditation a commencé dès 5 heures du matin, autour de la "grande balle de golf dorée" située au centre d'Auroville, le Matrimandir, un lieu de méditation et un symbole d'unité.
Mais la plupart des habitants se souciaient peu des célébrations, "organisées pour le politique, pour les subventions (de l'Etat indien)", pouvait-on entendre ça et là et refusaient parfois de répondre car "nous ne voulons pas de publicité"... Quand les habitants acceptent de commenter cette fête, c'est pour souligner qu'Auroville existe depuis 40 ans, une durée de vie que peu voire aucune communauté créée dans les années 1960 n'a réussi à atteindre. Puis les langues se délient un peu et les opinions divergent quand il s'agit de faire un bilan, de se prononcer sur l'état de la communauté. Mais les désaccords ne sont pas nouveaux dans un lieu où la diversité est un principe de base…
Il y a les enthousiastes : "Depuis 40 ans, on est là pour la même chose, pour progresser, et on arrive à vivre ensemble, côte à côte", témoigne un Aurovillien d'origine française. Quelques critiques ou sceptiques : "Cet anniversaire serait peut-être le bon moment pour qu'on établisse les bases solides que voulait la Mère. Si cette structure existait réellement, nous pourrions continuer sans subir des influences comme l'argent, le nationalisme qui dénaturent Auroville", commente une Italienne. "C'est censé être un laboratoire, donc les habitants doivent prendre des risques. Vous voyez beaucoup de gens prendre des risques ici ? Ce laboratoire est beaucoup trop confortable…", conclue une autre Aurovillienne.
Il y a encore les voix douces des habitants simplement heureux, un poil nostalgiques : "En 1973, je venais pour la première fois, je me disais qu'une expérience comme celle-ci, sans police ni armée, allait attirer un monde fou. Alors il fallait se dépêcher avant que ce soit plein !"… Si la belle forêt d'Auroville n'est pas saturée de monde, le "confortable laboratoire" attire toujours. Une dizaine de personnes afflue chaque semaine au Bureau des entrées, afin d'entamer les démarches pour intégrer la communauté. Des alter mondialistes, des trentenaires écœurés du capitalisme, des doux rêveurs, venus d'Europe, de Russie ou d'Asie viennent toujours essayer de "vivre autrement" au milieu des arbres et sous le soleil.
Article d'Aujourd'huil'Inde - le 2/3/2008 à 20h46 par Iris Deroeux
- Je ne suis pas encore allée à Auroville. Si une personne y étant allée lit cet article, j'aimerais avoir son opinion, ses impressions sur cette ville hors du commun et aux hautes valeurs spirituelles.

